Tu ne peux comprendre vraiment quelqu’un que si t’a partagé ses préoccupations.
Cette année nous avons décidé de ne pas faucher notre champs juste pour la préservation des narcisses, mais d’essayer de faire du bon foin. Il serait injuste de soustraire 2 hectares à l’agriculture pour préserver une espèce menacée. D’ailleurs, une telle conception de la protection serait stupide. Appliquée à grande échelle, reviendrait à préserver l’espace naturel de la Suisse par des jardiniers. Ce n’est pas seulement que les jardiniers sont plus chers que les paysans, mais rien ne dit qu’ils respecteraient mieux la fragilité de certains espèces. Il suffit de regarder l’espace publique des villes et des communes. Le vrai défi est de trouver un système qui fait que les paysans aient intérêt à protéger la biodiversité, en l’occurrence, les narcisses. Or, faucher un terrain en pente forte est pénible et il n’y a pas de paysan prêt à se sacrifier.
Et nous voilà paysans du dimanche. Sacrifions des citadins à la place.
Dimanche 12 Juillet et bientôt là. Il a fait chaud et sec ces derniers jours. C’est bête que nous n’avons pas fixé le jour des foins un dimanche plus tôt. En plus le foin serait plus riche. Encore une semaine de chaud, il ne restera presque plus que la paille.
Allons voir la météo.

Ou làaaa! Ce n’est pas bon du tout ça! Le seul espoir qui nous reste est de voir meteosuisse se tromper une fois de plus. L’espoir n’est pas vain. Aujourd’hui selon les météorologues, à Glion on aurais eu 3 à 5 mm de flotte, et nous n’avons pas eu une seule goutte.
La situation est très embêtante. Non seulement la météo parle comme les paysans et nous dit “peut être ben que oui, pt’être ben qu’non”, elle ne prévoit que 5 jours. Elle nous garde le suspens. S’il pleut le weekend on devra reporter la fauchage d’une semaine. Il faut attendre encore 2 jours pour décider. Mais c’est stressant d’attendre. Allons voir que est-ce qu’ils disent nos voisins Français.

Samedi ils disent il fera très pluvieux. Le paysan voisin m’a dit que si le foin est délavé par beaucoup de pluie, il est bon pour le composter. Mon espoir commence a maigrir. Bientôt il sera à l’espoir ce qu’est pour la femme un mannequin anorexique. Peut être que les Français sont trop bavards et ils disent n’importe quoi, sans que la prévision soit fondée. Comment ils osent prévoir 7 jours alors qu’on dit qu’il est impossible de prévoir pour plus de 5 jours.
Il faut attendre. Mais attendre en faisant des hypothèses sur l’évolution du temps est insupportable. 12 personnes ont confirmé qu’elles viennent nous aider bénévolement. Si on reporte d’une semaine, il se peut qu’on n’aie que la moitié. Si ce n’étaient pas des personnes qui ratissaient mais une machine, il serait plus simple. Les machines ne posent pas de contraintes d’agenda. Mais si une machine pouvait raclait, il y aurait sûrement un paysan qui s’intéresserait de faucher notre champs et on serais sans soucis.
Mais pourquoi je stresse comme ça. Au pire, on compostera le foin et on aura de la bonne terre pour produire des courges l’année prochaine. Si j’étais paysan c’est mon salaire qui serait à la merci de l’incertitude de la météo. Rater le foin ne serait pas une question de fierté mal placée, mais une question de survie pour mes bêtes.
Mais bon, il ne faut pas exagérer. Les paysans ont toute la semaine à disposition pour s’arranger à faire les foins dans une fenêtre de beau temps. Moi je suis dépendant de l’agenda et de la gentillesse des bénévoles.
-Plutôt que toucher 300 Fr par hectare de subvention écologique et avoir l’Etat dans mon champs, je préfère faire comme je veux et ne rien toucher, m’a dit l’année passée mon voisin. Il a été traumatisé une fois qu’il a inscrit ses terrains pour compensation écologique, et il était contraint de faucher après le premier juillet. Il avait du beau temps du 28 juin au 2 juillet. Il n’a pas pu faucher et il a dû reporter pour après les pluies. Et c’était le juillet le plus pluvieux des dernières années.
Je le comprends mieux maintenant. Moi qui croyait qu’il y avait que la rigidité des délais des projets qu’était stressante, je découvre que suivre les rythmes de la nature peut être autant stressant. Que est-ce que ça m’énerve de devoir compter sur la prédiction d’une météosuisse à l’égard de laquelle je porte peu de confiance. Tu dois être zen pour être paysan. Non seulement t’est mal payé, mais il faut philosopher la vie pour gérer simultanément autant de contraintes. Si on demandais à un ingénieur de se reposer sur son feeling pour jongler avec la méteo, il serait devenu dingue. Optimiser le choix de la date des foins pour avoir la qualité nutritive la plus élevée, avoir de la disponibilité par rapport aux autres tâches, avoir un temps sec pendent 3-4 jours, devient la quadrature du cercle.
Je pense que ce ne sont juste pas les écolos qui manqueraient de ce système complexe où les paysans jouent le résultat annuel de leur exploitation aux dès de la météo. Je les comprends parfaitement lorsqu’ils disent “je n’aime pas que ‘ces gens’ viennent me dire ce que je dois faire”. J’imagine comment je réagirais si un paysan venait me dire, et plus encore, s’il venait m’obliger, d’utiliser du foin pour isoler une façade, parce que c’est bien pour la nature…
La meilleur façon de comprendre quelqu’un est de partager ses préoccupations.
Est-ce que quelqu’un a une idée comment je pourrais faire partager mes préoccupations de protection des narcisses aux paysans que souhaiterait exploiter mon champs?
Entre temps, le temps que je finisse cet article, la météo France a changé d’idée et dit qu’il n’y aura pas de pluie, ni le samedi, ni le dimanche 12. Je la crois maintenant ou pas?














