Il était fils du dieu Cessiphe (Κηφησσός) qui avait sa source entre le mont Parnitha (Πάρνηθα) et Pentèle (Πεντέλη) et qui donnait vie et verdure à la ville d’Athènes. Losrque sa mère, la nymphe Liriope (Ληριόπη) l’a mis au monde, le Devin Theresias (Θηρεσίας) lui a dit qu’il vivra longtemps s’il ne se voit pas. Il était si beau. Un jour qu’il s’abreuve à une source, il voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il y reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Il finit par dépérir puis mourir, et est pleuré par ses sœurs les naïades. À l’endroit où l’on retire son corps, on découvre des fleurs blanches : ce sont les fleurs qui aujourd’hui portent le nom de narcisse (Νάρκησσος). Elles fleurissent en abondance sur les haut de Montreux, aux Pleiades, aux Avants.
Les esprits des dieux n’existent que dans les esprits des hommes. Ils deviennent divins s’ils tiennent la transmission d’esprit à esprit quelques générations durant sans disparaître. Sinon, ils ne sont que des fantaisies éphémères, des délires d’hommes. L’esprit du fils du dieu Cessiphe a vécu sur la Riviera jusqu’à nos jours dans la plante Narcissus poeticus et Narcissus radiiflorus. La vie de cet esprit était entièrement liée à la vie des hommes qui ont vécu sur le même écosystème avec lui. Ils ont respecter son cycle de vie tantôt par besoin, tantôt par amour et admiration, tantôt parce qu’ils n’avaient pas le choix. Faucher avant que la plante soit fanée rendait le foin toxique, et pâturer pendant la floraison faisait tourner le lait. Le pâturage intensif pour faire de la viande n’a pas existé dans le passé. Il n’y avait pas assez de terres pour faire cette activité.
Pour tuer un esprit il suffit d’un homme avec peu de culture, un «grand projet» dans la tête, peu de respect pour ses ancêtres. «Vous me faites chier avec vos narcisses», «des narcisses y en a toujours eu», «vous n’allez pas m’apprendre mon métier»…
C’est le 15 mai 2010. Jour noir pour les narcisses Au Cerisier.
Le sentier des narcisses de Glion ne traversera plus le dernier champs avec des narcisses qu’il traversait Au Cerisier. L’année prochaine, une bonne partie des bulbes dépérira comme le corps du dieu dont elle constitue l’esprit. La plante dans son cycle normal, une fois qu’elle a nourrit les graines, elle descend les jus et stock les restes dans la bulbe pour repartir l’année suivante après 10 mois de latence. Cette année les bulbes faibles mourront. L’année prochaine ça sera le tour de ceux qui faibliront cette année. Ceux qui échapperont aux piétinement des sabots.
des génisses. Des graines il n’y aura plus cette année. Le 99% a été mangé. Quelques rescapées agonisent parterre sous les bouses des vaches.
L’esprit du Narcisse restera dans le nom du sentier. Jusqu’au jour où les poètes trouveront un autre nom à lui donner, plus porteur, donnant plus de sens à leur environnement à eux, peut être sans narcisses. Trois ans d’exploitation intensive, et il n’y a plus rien. l en restera quelques uns de l’autre côté de la clôture.
Dans le Cerisier «du bas». Là ou quelques citadins jouent les paysans du dimanche et apprennent à faucher, à ratisser, pour porter l’esprit du fils d’un dieu qui a vécu 2500 ans jusqu’à la génération suivante.
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